Chez Paul McCartney, la rumeur se traite au sourire : un trait d’ironie, une pirouette, et l’incendie médiatique manque d’oxygène. Mais certaines questions résistent au gag, parce qu’elles touchent à quelque chose de plus intime que les théories fumeuses : la place des morts, la mémoire, et ce qu’on a le droit de chanter à leur sujet. Au centre du petit cyclone revient toujours le même monument : Imagine. Pourquoi McCartney ne la chante-t-il pas ? La réponse n’a rien d’une rivalité posthume, et tout d’une pudeur. Imagine est devenue une place publique, un standard cérémoniel, un chant “pour tout le monde” que le monde recycle au point d’en lisser le tranchant. Et McCartney, vieux renard allergique au “moment émotion” programmé, craint le piège : faire du Lennon en grand écran, transformer un ami en statue, ajouter une couche de showbiz sur une absence. Alors il choisit la tangente : des portes d’entrée plus précises, plus charnelles — Strawberry Fields, Help!, Give Peace a Chance — et surtout Here Today, lettre ouverte à Lennon, bien plus risquée parce que vraie. Une manière de rappeler qu’on honore mieux un homme en le retrouvant derrière le mythe, qu’en rejouant son hymne comme un rituel.
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