Il y a des artistes qu’on encadre comme des reliques, et d’autres qui refusent poliment la vitrine. Joni Mitchell appartient à la seconde catégorie : une œuvre qui traverse les décennies sans prendre la poussière, parce qu’elle n’a jamais confondu fidélité et répétition. Elle a changé de peau comme on change d’air, quitte à perdre du monde en route, quitte à se faire traiter de froide quand elle ne faisait qu’être lucide. Et c’est là que la passerelle Beatles devient évidente. Quand Joni confie que Rubber Soul tournait “en boucle” chez elle, elle pointe moins un disque culte qu’un moment de bascule : l’instant où la pop se fissure, où Lennon regarde Dylan, où l’acoustique rapproche la voix, où l’album commence à ressembler à un organisme plutôt qu’à une compilation. Elle a même chanté Norwegian Wood dans les coffeehouses, comme on glisse une ironie légère entre deux ballades qui saignent. Au fond, c’est la même leçon chez elle comme chez eux : on ne dure pas en se répétant, on dure en osant se déplacer.
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