Il y a quelque chose d’assez miraculeux à entendre Paul McCartney revenir encore avec un album neuf, non pas pour entretenir le musée Beatles, mais pour continuer à fabriquer des chansons comme on ouvre une porte sur une pièce longtemps fermée. Avec The Boys of Dungeon Lane, Macca retourne vers Liverpool, les parents, George Harrison, Ringo Starr, les rues d’avant la gloire et ces garçons qui ne savaient pas encore qu’ils allaient déplacer l’histoire de la pop. Le disque aurait pu sombrer dans le sépia, la carte postale ou le testament solennel. Il fait mieux que cela : il regarde en arrière sans se transformer en statue. La voix de Paul n’a plus l’insolence d’autrefois, mais elle possède désormais autre chose, une fragilité narrative qui donne aux souvenirs un poids que la jeunesse n’aurait pas su porter. Tout n’est pas impérissable, certains titres restent mineurs, mais l’ensemble respire, surtout lorsqu’il cesse de vouloir prouver quoi que ce soit et accepte simplement d’être un album de mémoire, de gratitude et d’artisanat pop. À bientôt 84 ans, Paul McCartney ne refuse pas de vieillir : il vieillit en musicien, et cela change tout.
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