Il y a des objets qui, à première vue, ne paient pas de mine. Un morceau de métal, un vestige de port, une silhouette rouillée qu’on déplace, qu’on stocke, puis qu’on oublie dans un coin en attendant de savoir quoi en faire. Le mât du Salvor appartient pourtant à cette famille rare des reliques discrètes qui finissent par contenir bien plus que leur poids matériel. Car ce vieux témoin maritime de Liverpool se trouvait dans le décor de la première séance photo officielle des Beatles avec Ringo Starr, le 19 septembre 1962, au moment précis où le groupe devenait enfin ce qu’il allait être pour le monde entier. John, Paul, George, Ringo : quatre garçons encore presque locaux, posant devant un navire de travail, entre la Mersey, les docks et l’avenir. Aujourd’hui, ce mât pourrait être découpé, vendu, réduit à de la ferraille, comme si Liverpool n’avait pas déjà suffisamment appris de ses erreurs patrimoniales. Il ne s’agit pas de sacraliser chaque boulon ayant croisé les Fab Four, mais de comprendre qu’un tel objet relie deux mémoires essentielles de la ville : son histoire maritime et son histoire beatlesienne. Le laisser disparaître serait plus qu’un gâchis. Ce serait une faute symbolique.
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