Le jour où George Harrison enterra les bandes du Star-Club

Il y a des fantômes qui refusent de rester dans leur cave. Les bandes du Star-Club font partie de ceux-là : un vieux ruban capté à Hambourg en décembre 1962, dans le bruit, la bière, la fatigue et cette brutalité des débuts qui avait transformé les Beatles en bête de scène avant même que l’Angleterre ne comprenne ce qui lui arrivait. Pendant des années, ce document au son douteux a circulé comme une relique, vendu et revendu sous le nom sacré des Beatles, comme si la moindre trace de jeunesse devait forcément devenir patrimoine. Le 6 mai 1998, George Harrison en a eu assez. Appelé à témoigner dans l’affaire opposant les Beatles à Lingasong, il ne vient pas repeindre Hambourg en carte postale rock, ni célébrer la beauté sauvage des nuits allemandes. Il vient au contraire dire les choses avec cette sécheresse magnifique qui faisait souvent son charme : cette bande n’est pas une œuvre, encore moins un album légitime, mais le résultat crasseux d’un homme ivre enregistrant d’autres ivrognes. Derrière la formule assassine, il y a plus qu’une querelle de droits. Il y a une idée très simple : tout ce qui existe n’a pas vocation à être vendu, même quand cela porte le nom des Beatles.

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