Il y a des trajectoires qui donnent l’impression d’avoir été écrites pour dégoûter définitivement les âmes sensibles du romantisme rock. Celle de Pete Ham appartient à cette catégorie-là : un gamin de Swansea, happé par le rêve Apple, adoubé par les Beatles, capable d’écrire quelques-uns des refrains les plus limpides de la pop britannique, puis broyé par les contrats, les promesses creuses, les comptes introuvables et cette industrie musicale qui adore les chansons mais se montre parfois beaucoup moins tendre avec ceux qui les écrivent. Avec Badfinger, Ham aura pourtant laissé un héritage immense : No Matter What, Day After Day, Baby Blue, Without You, autant de merveilles où l’ombre des Beatles se transforme en langage personnel, plus fragile, plus douloureux, mais tout aussi capable de traverser les décennies. Son histoire est celle d’un groupe béni par Paul McCartney et George Harrison, puis abandonné au pire moment, au milieu du naufrage d’Apple et des manœuvres de Stan Polley. On la raconte souvent comme une tragédie. Elle l’est, évidemment. Mais avant d’être un dossier noir de l’industrie musicale, Pete Ham fut surtout un songwriter miraculeux, un artisan de mélodies dont la beauté continue de désobéir à la mort.
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