Quand Liverpool sautait de joie : l’été 1963, Brian Epstein et l’innocence perdue du Mersey Sound

Il y a des images qui semblent d’abord modestes, presque anecdotiques, et qui finissent pourtant par contenir tout un monde. Celle-ci montre quelques garçons de Liverpool en costumes sombres, suspendus dans un saut collectif, le sourire large, la cravate sage et l’avenir encore invisible. Sur la gauche, on reconnaît John, Paul, George et Ringo, pas encore écrasés par leur propre légende. Autour d’eux, Gerry and the Pacemakers, Billy J. Kramer and the Dakotas, toute cette petite armée du Mersey Sound qui, au cœur de l’été 1963, vient de prouver à Londres que la pop britannique pouvait aussi naître dans les caves humides du Nord. Et puis il y a Brian Epstein, vingt-huit ans seulement, déjà plus grave que les autres, déjà dans ce rôle impossible du jeune homme chargé de rendre présentable un chaos qu’il ne pourra bientôt plus contenir. Ce que cette photographie célèbre, ce ne sont pas seulement des numéros un dans les charts. C’est le dernier instant où la victoire ressemble encore à une fête simple, avant la Beatlemania, l’Amérique, les studios, les fractures, les disparitions et la transformation de quatre garçons en mythologie mondiale. Un saut dans l’air, juste avant que la gravité de l’Histoire ne les rattrape.

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