Il y a chez Paul McCartney cette faculté rarissime de transformer le moindre fait de classement en petit épisode de sa grande histoire. Voir “Days We Left Behind” débuter à la 22e place du Adult Contemporary américain pourrait n’être qu’une ligne de plus dans un palmarès déjà démesuré ; c’est en réalité bien davantage. Car cette chanson tardive, toute de mémoire, de douceur et de mélancolie retenue, dit quelque chose de précieux sur l’état actuel de McCartney : à 83 ans, l’ancien Beatle n’essaie plus de courir après l’époque, il continue simplement d’écrire des morceaux qui trouvent naturellement leur place dans le présent. En revenant à Liverpool, à Speke, à Forthlin Road, aux ombres de John Lennon et aux jours laissés derrière lui, McCartney ne livre pas un exercice nostalgique de plus. Il rappelle qu’une voix marquée par le temps peut encore porter du neuf, et qu’une chanson peut avancer sans renier ce qu’elle fut. À l’approche de The Boys of Dungeon Lane, cette entrée dans les classements américains vaut donc bien plus qu’un score radio : elle confirme que chez McCartney, la mémoire reste une force en mouvement.
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