Il y a des chansons qui ne frappent pas à la porte : elles s’installent en silence, puis elles deviennent indispensables. À l’été 1989, alors que la pop se pare de vernis et que le rock durcit ses angles, Paul McCartney choisit une autre voie : sur Flowers In The Dirt, il remet la mélodie au centre, mais sans se réfugier dans la nostalgie. This One en est la preuve la plus fine. Pas un “grand” single tapageur, plutôt une décision intime mise en musique : arrêter de remettre l’amour à plus tard, cesser la superstition du bon moment, et prononcer enfin la phrase simple, ici et maintenant. Sous son élégance, le morceau cache un pivot poétique délicieux — “this one / this swan” — où un calembour ouvre une porte contemplative, jusqu’à une imagerie hindoue rêvée, paisible, presque sacrée. En studio, la fluidité est un trompe-l’œil : Hog Hill Mill, Geoff Emerick aux manettes, textures millimétrées, harmonica chaleureux, et même ces verres accordés à l’eau, tintements fragiles comme l’instant qu’on tente de retenir sans le briser. Deux clips, deux interprétations (Tim Pope et Dean Chamberlain), puis la tournée mondiale 1989-1990 où la ballade tient debout face aux stades, avant de se fixer sur Tripping The Live Fantastic. Revisiter This One, c’est redécouvrir un McCartney adulte mais jamais tiède : un cygne qui glisse, discret, et dont le battement travaille longtemps sous la surface.
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