On demande toujours aux légendes de se réduire en médailles : le meilleur disque, la meilleure période, la meilleure chanson. Avec Paul McCartney, l’exercice est presque absurde tant l’homme a vécu plusieurs vies dans une seule. Et pourtant, au détour d’une déclaration, il lâche un choix qui fait tiquer : pour lui, “Hi, Hi, Hi” serait le meilleur single de Wings. Pas le plus célèbre, pas le plus “noble”, mais le plus juste dans sa fonction. Et c’est là que l’aveu devient passionnant : McCartney ne couronne pas une œuvre, il remercie un outil. “Hi, Hi, Hi”, c’est le morceau de fin de set, celui qui met la salle debout, qui sent la sueur et l’instinct plus que la vitrine. Un rock de début des années 70, ambigu juste ce qu’il faut, assez suggestif pour se faire taper sur les doigts, assez efficace pour devenir un slogan. La BBC le bannit, évidemment, et l’interdiction lui colle une aura de transgression à l’anglaise, comique et révélatrice. Dans ce single, on entend surtout un McCartney en pleine reconquête : post-Beatles, post-dépression, en train d’apprendre à exister sans le miracle collectif, et décidant que le “meilleur” n’est pas forcément le plus grandiose — mais celui qui prouve qu’on est encore vivant.
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