On croit connaître Steven Spielberg : le magicien du cadre, l’architecte d’émotions, le type qui transforme un vélo, un requin ou une silhouette dans la lumière en souvenirs collectifs. Et puis il y a cette confession, lâchée à la radio comme on avoue une fragilité. Sur BBC Radio 4, dans Desert Island Discs, il remonte à ses années de fac : timide, amoureux, et terriblement empêtré dans une histoire qui n’avance pas. Dîners, sorties, jazz, cinéma… tout passe, sauf le baiser. Jusqu’à ce soir, dans une voiture garée près des dortoirs, à Long Beach. La radio diffuse “Michelle”. Une mélodie “déchirante de beauté”, dit-il. Elle le regarde, elle pleure, et avant la fin du morceau, elle traverse le siège et l’embrasse. Pas de tirade, pas de victoire : une chanson, un frisson, et le réel bascule. Derrière l’anecdote, c’est tout Rubber Soul qui s’éclaire : l’élégance feutrée de McCartney, l’ombre tendre que Lennon glisse dans le pont, la mise en scène sonore de George Martin. Et cette “French thing” un peu fantasmée qui, parfois, suffit à ouvrir la porte du cœur.
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