Août 1966, Los Angeles : des micros pointés comme des baïonnettes, des flashs qui claquent, et un journaliste qui brandit Time magazine comme une pièce à conviction. On y aurait « découvert » que “Day Tripper” parlerait d’une prostituée, que “Norwegian Wood” viserait une lesbienne. Il faudrait donc avouer l’« intention », expliquer le sous-entendu, remettre la pop au garde-à-vous. Paul McCartney, lui, choisit la dynamite du rire : « On essayait juste d’écrire des chansons sur des prostituées et des lesbiennes, c’est tout. » Rideau. Derrière la blague, pourtant, la question reste délicieuse : que raconte vraiment ce single au riff-crochet, sec et insolent, enregistré dans l’urgence de 1965 ? Une histoire de désir frustré et de “big teaser” ? Une satire des touristes de la transgression, ces “weekend hippies” qui veulent le frisson sans la brûlure ? Ou un double fond à la Beatles, où le sexe sert de paravent pendant que le mot “trip” se charge de LSD et d’époque qui bascule ? En remontant le fil — paroles, vocabulaire, contexte, petites mythologies et panique morale — on voit surtout les Beatles apprendre à passer entre les gouttes : dire sans dire, provoquer sans se livrer, et renvoyer les procureurs à leur propre obsession. “Day Tripper” n’est pas une énigme à résoudre : c’est un miroir. Et il continue de renvoyer, soixante ans plus tard, un éclat très actuel.
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