À la fin des Beatles, on s’imagine un grand blanc, un générique qui tombe. Mais pour Paul McCartney, 1970-1971 ressemble plutôt à une pièce où l’air manque : procès, malentendus, curée médiatique, et cette sensation d’être soudain « l’ex-Beatle de trop ». Au lieu de répondre par le manifeste ou la confession à nu, il choisit la voie la plus déroutante : se refaire une peau en plein fracas. « Ram » naît dans un cocon qui n’a rien d’une fuite : une ferme, des enfants, un studio new-yorkais, et Linda au centre, créditée, assumée, comme un nouveau monde opposé à l’ancienne multinationale affective. On y entend un disque champêtre et pourtant baroque, des guitares organiques prises dans des mini-symphonies pop, des chœurs domestiques, des ruptures de ton, et des piques élégantes cachées derrière des mélodies radieuses. Massacré en 1971 pour sa fantaisie, « Ram » finit par devenir l’un des chapitres les plus modernes de l’ère post-Beatles : un album d’amour, de rancune sublimée et de survie artistique. Et si, après les Beatles, le silence n’avait tout simplement jamais existé ?
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