Photograph : Ringo Starr, George Harrison et la plus belle tristesse de l’après-Beatles

Après 1970, le monde attendait de Ringo Starr qu’il choisisse un camp, qu’il se rêve en rival ou en martyr. Il a préféré une autre voie : celle du « Fab friend », le type qui désamorce les guerres d’ego et continue de jouer du rock’n’roll comme on ouvre une fenêtre. C’est dans cette simplicité — trois accords, un sourire, et l’essentiel — que sa carrière solo trouve sa vérité. Et c’est aussi là que surgit l’une des plus belles complicités de l’après-Beatles : Ringo et George Harrison, loin du duel Lennon/McCartney, unis par une fraternité sans calcul. De l’atelier d’Octopus’s Garden à l’ombre bienveillante de It Don’t Come Easy, Harrison agit en artisan discret, ajoutant des couleurs sans voler la chanson. Jusqu’à Photograph, ébauchée au soleil du sud de la France, puis enregistrée en 1973 avec le luxe sobre de Richard Perry : une ballade de rupture retenue, humaine, qui grimpe au sommet des charts sans crier au chef-d’œuvre. Et quand Ringo la reprend au Concert for George, le 29 novembre 2002, la photo change de cadre : ce n’est plus seulement l’amour perdu, c’est l’ami disparu. Derrière la légèreté assumée, on entend alors ce que Ringo a gagné autrement : la durée, la pudeur, et cette façon rare d’être grand sans hausser le ton.

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