On a collé à George Harrison l’étiquette du « Quiet Beatle » comme on range un dossier : proprement, sans bruit, en oubliant l’obstination du musicien et son obsession du son juste. Au début des années 1980, le décor change : batteries carrées, synthés partout, maisons de disques en quête de refrains “produits” et pressions héritées de l’après-Beatles. Harrison, déjà échaudé par les négociations autour de Somewhere in England, lève le pied, s’absorbe dans HandMade Films, et enregistre Gone Troppo (1982) comme on tient une promesse plus qu’on ne rallume un feu. Au milieu de ce disque souvent jugé mineur, Baby Don’t Run Away devient un petit mystère : pas une chanson ratée, plutôt une bonne mélodie prisonnière d’un habillage froid, daté, qui met une vitre entre l’émotion et l’auditeur. Et quand Harrison lui-même avoue qu’il l’imaginait en R&B, plus chaude, plus organique, on comprend que le vrai sujet n’est pas le “pire titre”, mais ce qu’il révèle : la fatigue, le recul, et la lucidité d’un artisan qui entendait mieux que son époque. Retour sur ce malentendu fascinant.
Cet article Baby Don’t Run Away : quand George Harrison s’égare sur Gone Troppo est apparu en premier sur .
