Il y a des chansons qui ne claquent pas comme des manifestes, mais qui ouvrent des fenêtres. Avec « Another Day », Paul McCartney signe, le 19 février 1971, son premier single véritablement solo – et, au lieu de régler ses comptes après l’implosion des Beatles, il choisit l’arme la plus imprévisible : l’ordinaire. Une femme sans nom, un réveil sans promesse, un trajet, un bureau, puis le retour, seul, dans la lumière du néon. Tout semble minuscule, et pourtant tout pèse. Car derrière cette chronique grise, McCartney glisse une mélodie qui refuse de renoncer, comme un fil de soie tendu au-dessus du vide. Née dans l’ombre des sessions Get Back/Let It Be, enregistrée à New York pendant les séances de Ram, polie avec des alliés discrets (Phil Ramone en tête) et portée par les chœurs de Linda, la chanson raconte autant un personnage anonyme qu’un artiste en reconstruction. Le jour même où il se présente au tribunal, McCartney choisit de répondre par trois minutes de compassion pop. Résultat : un succès immédiat, et un jalon décisif dans l’invention du monde d’après. Retour sur une « petite » chanson qui, à force de nuance, dit tout de la survie.
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