On l’écoute souvent comme un disque de consolation, un dernier bouquet avant la porte qui claque. Mais pour John Lennon, Let It Be n’a jamais eu la douceur d’une berceuse : c’est le son d’un huis clos, le film d’une démocratie musicale qui se fissure, la sensation d’être décentré dans son propre mythe. Janvier 1969 : Twickenham, lumière crue, matins froids, caméras partout. Paul McCartney serre la barre pour sauver le navire ; Lennon, lui, flotte déjà vers une autre vie, avec Yoko Ono comme miroir et paratonnerre. George Harrison étouffe, Ringo tient la ligne, puis Billy Preston entre et, soudain, l’air change. De la cave d’Apple au toit de Savile Row, la musique reprend le pouvoir par éclairs — avant d’être remodelée par les oreilles de Glyn Johns et Phil Spector, et par un montage qui fabrique une mémoire. Pourquoi Lennon a-t-il parlé de “session la plus misérable sur Terre” ? Que raconte vraiment Let It Be : un album sans âme, ou un album saturé d’âmes qui ne veulent plus cohabiter ? Plongez dans ce clair-obscur où la fin des Beatles devient, malgré eux, un acte de création.
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