Rishikesh 1968 : le silence des Beatles et la morsure de « Bungalow Bill »

Février 1968. Les Beatles débarquent à Rishikesh comme on s’arrache d’un incendie : encore brûlants de 1967, orphelins de Brian Epstein, saturés de réunions et de flashs. Ils viennent chercher un bouton “mute” pour le monde, un peu de paix intérieure, quelques mantras à répéter jusqu’à ce que le vacarme retombe. Dans l’ashram du Maharishi, la promesse est simple : méditation transcendantale, discipline, silence. Mais le silence, chez eux, n’est jamais vide : il amplifie les tensions, révèle les egos, fait remonter les soupçons et les petites lâchetés. Et surtout, il remet la musique en marche. Des guitares acoustiques partout, des chansons qui jaillissent à l’état brut, les premières étincelles du White Album. Au milieu de cette retraite censée pacifier les âmes, un incident grotesque fait tout basculer : un jeune Américain fortuné, Rik Cooke, part chasser le tigre. Pour John Lennon, c’est l’hypocrisie parfaite — la non-violence en bandoulière, la prédation en souvenir. Plutôt que prêcher, il aiguise son arme préférée : la satire. « The Continuing Story of Bungalow Bill » naît ainsi, comptine venimeuse, chœur moqueur, et même une apparition de Yoko Ono, comme un signe que quelque chose se fissure. Retour sur le paradis perdu de Rishikesh, et sur la chanson qui ricane en serrant la gorge.

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