Il y a, dans la discographie des Beatles, des titres qui grincent comme une porte qu’on referme trop vite. Run For Your Life, dernier morceau de Rubber Soul (1965), fait partie de ces chansons qui laissent un arrière-goût étrange : un rock nerveux, efficace, presque jubilatoire… et des paroles qui menacent sans ciller. Le plus troublant, c’est que le malaise n’appartient pas seulement à notre époque : John Lennon lui-même finira par la qualifier de faux pas, écrite à la hâte autour d’une phrase empruntée au rockabilly popularisé par Elvis. Et pourtant, George Harrison l’adorait, comme si l’énergie brute du morceau valait, à ses yeux, toutes les réserves. Que dit ce désaccord intime de la mécanique Beatles ? Comment une relique des années 50 se retrouve-t-elle en point final d’un album-charnière, celui où le groupe bascule vers l’écriture moderne et le studio comme terrain de jeu ? En replaçant la chanson dans la pression des sessions, ses influences et la relecture morale de Lennon, on comprend pourquoi Run For Your Life dérange, fascine et continue de diviser. Décryptage d’un angle mort qui raconte autant l’époque que le groupe.
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