On a beau répéter que les Beatles ont écrit la bande-son des années 60, il arrive que la décennie se résume ailleurs. À la surprise générale, John Lennon et Ringo Starr ont chacun, un jour, couronné un 45-tours qui n’était pas signé Beatles : “A Whiter Shade of Pale”. Qu’est-ce que Procol Harum a mis dans ces quatre minutes de brume pour faire vaciller deux membres du plus grand groupe du monde, au point de parler de “disque ultime” ? Retour sur 1967, l’année où tout bascule : Londres en apesanteur, les studios d’Abbey Road transformés en machine à rêves, et la pop qui cesse d’être un simple divertissement pour devenir un langage. Entre orgue Hammond hanté par Bach, paroles en clair-obscur et mélancolie qui flotte sans se dissoudre, ce classique instantané — numéro 1 au Royaume-Uni dès sa sortie — raconte autant la fin des sixties que les hymnes de Sgt. Pepper. Et il rappelle une vérité délicieuse : même au sommet, les Beatles restaient des auditeurs. Des types capables de se prendre une claque, de jalouser, d’admirer, et de glisser, les yeux brillants : “Écoute ça.”
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