On a longtemps raconté l’histoire des Beatles comme un podium : Lennon et McCartney en tête, Harrison en embuscade, et Ringo Starr relégué au rang de sympathique figurant. Sauf qu’un groupe ne se juge pas au bulletin trimestriel : il se juge à sa chimie. Et la chimie Beatles, c’est aussi ce batteur qui ne cherche jamais à gagner la course, mais à faire avancer la chanson. Ce papier remonte le fil d’un procès commode – celui du « maillon faible » – pour le retourner. Car le génie de Ringo, c’est l’économie devenue esthétique : un feel qui tord le temps, une caisse claire comme ponctuation, un break comme respiration. Puis vient la question qui fâche : l’écriture. Sur le White Album, le grand déversoir de 1968, Ringo signe enfin « Don’t Pass Me By », chanson bancale, honky-tonk, sabotée par une image trop étrange… mais touchante par son obstination. Et quand le même Ringo trouve son registre, avec l’utopie limpide d’« Octopus’s Garden », le verdict change de couleur. Au fond, ce texte défend une idée simple : Ringo n’a peut-être pas écrit les plus beaux couplets des Beatles, mais il a écrit leur allure. Et ça, dans une légende d’auteurs, mérite mieux qu’un ricanement.
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