« Ah! böwakawa poussé, poussé » : le rêve en langue inconnue de #9 Dream

Il y a des refrains qui s’accrochent comme une odeur sur un manteau : on croit les avoir oubliés, et ils reviennent au détour d’une écoute, plus vifs que la mélodie elle-même. Dans #9 Dream, perle brumeuse de Walls and Bridges, John Lennon glisse une formule qui sonne comme une langue venue d’ailleurs — « Ah! böwakawa poussé, poussé » — et, depuis 1974, le monde tente d’y coller un dictionnaire. Sauf qu’il n’y en a pas. Ici, on rembobine le décor du Lost Weekend, les nuits américaines, la discipline de studio new-yorkaise, la présence discrète de May Pang, et cette mécanique de rêve où la voix devient instrument. On raconte aussi le malentendu radiophonique, la pirouette du “poussé” et l’art lennonien de brouiller les pistes avec un sourire. Au bout du compte, la seule traduction possible n’est pas un mot : c’est une sensation. Entrez, le rideau est tiré. Pourquoi ces syllabes paraissent-elles “étrangères” ? Que dit ce charabia sur la pop, sur le désir de sens, sur la magie des sons qui ne signifient rien mais touchent juste ? De Revolution 9 aux langues inventées de Sun King, on suit le fil qui mène Lennon à son neuvième songe — et l’on comprend pourquoi cette énigme, loin d’être un gadget, est le cœur battant de la chanson.

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