« Je veux voir George faire du George » : le Dark Horse Tour, Shankar et le pari de Harrison

Quand les Beatles se sont dissous, chacun a dû apprendre à exister sans le blason. Lennon a choisi la vérité crue, McCartney la reconstruction, Ringo la route, et George Harrison une échappée vers autre chose que le rock. Le problème, c’est qu’en 1974 l’Amérique ne voulait pas “autre chose” : elle voulait un Beatle, un juke-box à souvenirs, des refrains chantés comme avant. Harrison, lui, arrive avec une tournée-manifeste, une voix fragilisée, des arrangements funk et cuivrés, et un pari aussi beau que suicidaire : faire de Ravi Shankar et de la musique indienne non pas une politesse d’ouverture, mais une partie de la charpente du spectacle. Le malentendu est immédiat. Là où le public attend l’efficacité et la nostalgie, Harrison impose la patience, un autre temps d’écoute, une traversée. Et c’est dans cette friction que surgit la phrase de Lennon, à la fois fraternelle et aveugle : « Je veux voir George faire du George. » Sauf que, pour Harrison, “faire du George”, c’est précisément laisser l’Inde entrer en grand. Retour sur un concert qui a divisé, blessé, mais aussi annoncé, bien avant l’heure, une autre idée de ce que pouvait être la scène rock.

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