On connaît Lennon en poseur d’incendies : capable de brûler ses propres classiques, de transformer une interview en champ de bataille, de parler plus fort que la musique. Mais il existe un territoire où son cynisme s’arrête net : Yoko Ono. À l’automne 1969, alors que les Beatles se disloquent et que la Plastic Ono Band invente une autre manière d’être rock, Lennon défend bec et ongles un morceau relégué sur l’autre face de “Cold Turkey”. Cette B-side, “Don’t Worry Kyoko”, n’est pas un caprice d’avant-garde : c’est une transe, un exorcisme, le cri d’une mère privée de sa fille, Kyoko, disparue dans une guerre de garde. Et Lennon, pour une fois, ne joue pas au provocateur : il met son nom au service de cette voix qui dérange, allant jusqu’à la comparer à l’étincelle originelle du rock’n’roll. Pourquoi ce disque a-t-il été rejeté, moqué, puis lentement réhabilité ? Que dit-il du couple Lennon/Ono, de la haine confortable, et de ce moment où la musique devient une question de survie ? On retourne le 45-tours, et tout s’éclaire.
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