Quand un artiste meurt, notre chagrin n’a pas de corps : aucune chaise vide, aucun trousseau de clés à récupérer, rien de concret à serrer dans la main. Et pourtant, la peine s’impose, compacte, presque gênante, parce qu’on a laissé cette voix entrer partout : dans l’adolescence, les nuits trop longues, les ruptures, les périodes où l’on se cherche. Avec les Beatles, ce vertige est encore plus cruel : Lennon arraché en 1980, Harrison effacé en 2001, et cette pensée qui flotte désormais au-dessus de Paul McCartney et Ringo Starr — un jour, il n’en restera qu’un, puis plus aucun. Ce qui bouleverse, c’est que les idoles, elles aussi, deviennent orphelines. Début 1981, au milieu de l’onde de choc Lennon, Ringo encaisse un autre départ : Bill Haley. Et il lâche une phrase d’enfant devenu légende : « Bill Haley était comme mon père ». Dans ce court aveu, tout se plie : la transmission, la jeunesse, la peur de vieillir, et l’étrange vérité du rock — on pleure souvent moins une star qu’une partie de soi.
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