1968, l’Album blanc : la fin de l’évidence Beatles

En 1968, Paul McCartney lâche une phrase qui sonne comme un vœu pieux : pour l’Album blanc, les Beatles auraient voulu « jouer plus comme un groupe », n’ajouter des instruments que « quand il le fallait ». Sur le papier, c’est le contre-pied parfait de Sgt. Pepper : moins de laboratoire, plus de chair, des prises qui respirent. Dans la réalité des sessions d’Abbey Road, c’est un slogan collé sur un mur qui se fissure. Les journées s’étirent, les idées se télescopent, les silences deviennent des armes. Ringo s’en va deux semaines, Geoff Emerick claque la porte, George Martin prend l’air, et Lennon finira par dire qu’on entend la séparation sur le disque. C’est justement là que The Beatles fascine : double album comme carnet de notes géant, vitrine d’individualités plus que monument d’unité. À travers ‘Back in the U.S.S.R.’, ‘Ob-La-Di, Ob-La-Da’, ‘Martha My Dear’, ‘I Will’ ou ‘Blackbird’, on voit Paul moteur, perfectionniste, parfois irritant — et pourtant indispensable. Un disque qui ne vernit pas les tensions : il les transforme en matière sonore. Écouter l’Album blanc aujourd’hui, c’est tendre l’oreille à la fin d’une époque… et à la dernière fois où les Beatles ont essayé, vraiment, de se tenir à quatre.

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